Etre en relation par l’écoute

Être en relation par l’écoute

Est-ce que cela vous est déjà arrivé de ressentir le besoin de vous confier à la personne qui est avec vous et cette personne vous réponds en vous donnant une liste de conseils… Vous ne cherchiez pas son avis à ce moment là, vous aviez juste besoin d’une oreille attentive et compatissante.

Dans ce monde où l’information circule vite, où les sms et applications de réseaux sociaux jonchent notre quotidien nous n’avons plus d’attention véritable, mais de quoi s’agit-il ? Et bien je vous propose d’explorer cela.

L’écoute – en conversation à deux

La plupart des conversations à deux sont un échange où l’un écoute l’autre, le premier répond au second et vice-versa; communément nommé dialogue.

Cependant dans notre manière d’être on distingue diverses qualités d’écoute.

L’écoute au second plan : « Nous sommes au téléphone avec quelqu’un et en même on  cherche quelque chose sur internet et on répond avec des intonations : « mmm, hhhh ».

Une autre situation, on est avec quelqu’un qui a pour habitude de beaucoup parler et on répond en se fiant au ton de sa voix, comme pour la conversation téléphonique, nos réponses ne sont que des murmures pour acquiescer, montrer l’étonnement, etc. On sait quand on doit dire oui, quand on doit dire non, et quelque chose s’allume de façon magique quand c’est une question.

Une autre situation de plus en plus courante, vous êtes en conversation avec quelqu’un et en même temps vous avez votre smartphone en main, la conversation que vous menez est sans cesse interrompue par ce qui vous absorbe sur votre écran, parfois vous en partagez le contenu à la personne avec vous et parfois vous faites semblant d’avoir suivi ce que la personne était en train de vous dire. Au moins dans cette dernière version vous ne cachez pas votre manque d’attention à l’autre.

 

L’écoute de soi

L’écoute de soi, le dialogue intérieur.

Entrer en communication avec soi-même ne passe pas forcément par des mots mais plutôt par des sensations.

Evoquons le cas de la méditation :

Vous n’avez jamais médité ? Et bien peut-être que les lignes qui suivent vous serviront. Vous méditez déjà ? Vous allez sûrement rire de vous-même.

Quand on médite en silence, assis-e, les yeux fermés, qu’on décide d’observer sa respiration : et ça tourne, on pense, on pense, on pense ! On est absorbé par nos pensées. Parfois, pour s’en extraire un peu on se dit « Je pourrais compter mes respirations pour m’aider à me concenter ». On commence à compter puis à un moment c’est comme si on revenait d’un rêve et on s’entend compter : « 121, 122, 123… », on était parti en mode automatique, on a quitté l’attention à notre respiration vers le chiffre 2 ou 3. Et pendant tout ce temps où on comptait en même temps on pensait, on était aspiré dans nos histoires.

« Une des difficultés de la méditation c’est que je souhaite le calme et le silence pour mon mental mais j’aime bien aussi toutes mes histoires. » Denis Robberecht

Quand on fait cette expérience pendant une méditation c’est un peu comme regarder Netflix, il y a une histoire qui se déroule sous mes yeux, ça génère en moi une émotion et je me sens vivant, c’est une manière d’exister. Je me sens exister à travers mon histoire et je n’ai pas envie de retirer ce contenu pour « rien ».

Mais la question est la suivante : « Est-ce que rentrer dans mon histoire me sert ou me dessert ? » 

Faisons une apparté avec le dialogue :

Un ami me confie quelque chose qui le tracasse. Par exemple, il me raconte que son patron va le renvoyer pour une erreur qu’un collègue a fait, seulement ce collègue s’est débrouillé pour faire croire que c’était lui qui a commis l’erreur. A cette histoire j’aurais envie de répondre quelque chose du type « Ah c’est vraiment écoeurant ce qu’il t’a fait ! ». 

Je peux rentrer dans l’histoire avec lui. Seulement, si je situe au niveau de l’émotion que je connais intrinsèquement alors je peux lui dire :

« Ce que tu ressens, ce sentiment de trahison, je comprends que ce soit dur à vivre ». 

A ce moment là je ne suis plus dans l’histoire qui génère de la haine, je l’accompagne dans son émotion, j’ai appris à voir l’émotion avec lui sans me laisser envahir et ça crée de l’espace et du soulagement pour lui et pour moi.

Revenons au cas de la méditation :

Il y a mon histoire et toutes les émotions qui vont avec mon histoire. Plus l’émotion est intense, plus l’histoire est prenante.  J’ai toujours la possibilité de ne plus penser à l’histoire et d’observer l’émotion, juste d’explorer comment ça se traduit dans mes sensations corporelles. 

On peut faire cet exercice pour toutes les émotions, pour la joie, pour la peur, pour la tristesse, le sentiment de rejet. Les émotions ont une texture, une atmosphère, elles se manifestent dans le corps. Il existe une qualité d’écoute de soi pendant la méditation qui permet de voir l’émotion sans être pris par l’émotion. Et là il y a déjà un peu plus de liberté. Ce niveau d’écoute évite de tourner dans l’histoire, qui bien souvent ne mène nul part si ce n’est d’amplifier la valeur des faits.

« Je crée l’intention claire de sortir de mon petit monde, celui qui crée toujours les mêmes histoires avec d’autres ingrédients.  Je commence ma méditation avec la curiosité de vivre autre chose, comme si je vivais une expérience complètement nouvelle. »

Ecouter un enseignement

Quand on écoute un enseignement ou une conférence, on compare naturellement à ce qu’on a déjà entendu, à ce qu’on a déjà compris, à ce qu’on a déjà lu. Notre intellect voit comment ce qui est dit s’accorde avec ce qu’on sait déjà. On peut avoir beaucoup de connaissances et être capable d’en parler longtemps. On peut passer sa vie à cumuler des informations pour les retransmettre. 

Mais lorsqu’on écoute une conférence, un enseignement, si on peut pour quelques instants éteindre cette voix off qui commente sans arrêt alors on a aura la chance de se laisser toucher.  Et si on ne l’éteint pas alors on vit avec notre mécanisme de contrôle/fuite qui est là pour essayer de tout classer, analyser, organiser.

Se laisser toucher dans l’instant ne vous empêchera pas d’avoir une opinion, ne vous laissera pas perméable au point d’être manipulé. Vous entrez en relation avec l’émotion et celle-ci cheminera en vous.

Ecouter en groupe

Quand je suis au sein d’un groupe, est-ce que j’ai besoin de parler ? Est-ce que je parle pour ne pas avoir à me dévoiler ? Est-ce que je pose sans cesse des questions pour qu’on ne m’en pose pas ? Est-ce que je me sens équilibré-e dans ma communication verbale ? Ai-je le sentiment de chercher le moment où je peux m’exprimer sans jamais le trouver ? Est-ce que j’ai l’impression que tout ce que je pourrais dire ne sert à rien alors je préfère me taire ?

Certaines personnes sont plus à l’aise (en apparence) que d’autres avec la communication.

Etre en relation avec l’autre ne se résume pas avoir un dialogue dont le flot de mots est équilibré. être en relation avec l’autre c’est pouvoir sentir avec elle ou lui à travers ses mots, par ses gestes, ses expressions, son ton de voix et pour cela il faut pouvoir que je puisse me mettre en retrait avec mon histoire.

 

Ecouter – et si on jouait à se parler sans se répondre ?

L’exercice du double monologue

Le double monologue est un exercice que je propose souvent pendant mes cours de méditation, pendant mes retraites.

C’est un exercice qui paraît simple et ne l’est pas pour chacun. Souvent on a de l’appréhension, on a l’impression que ça va être long, qu’on aura rien à dire, que l’autre va nous juger.

Mais qu’est-ce que ça libère !

Pourquoi ? Parce que la règle du jeu est claire. Je parle et tu m’écoutes. Tu parles et je t’écoute. Chacun a le même temps pour parler.

Un thème de discussion : des fois oui, des fois non.

Je parle en disant « je ». Interdit : les phrases qui généralise du type « dans la vie les gens… le « tu » pour remplacer le « je » parce qu’on ne s’assume pas.

Après l’exercice on ne revient pas sur ce qui a été dit pendant.

Cet exercice permet d’aller au bout de ses pensées sans être interrompu, d’être parfois face à sa propre incohérence, de sentir ses émotions jaillir au même moment où on parle car la personne en face ne doit pas répondre et sa seule réponse sera non verbale et c’est souvent bien plus puissant que la réponse verbale qui va finalement imposer une sorte d’isolation phonique à l’émotion qui ne demande qu’à être entendue et surtout vécue ! C’est un exercice de connexion profonde à soi et à l’autre. Il est souvent accompagné de mouchoirs en papiers 🙂

 

Le cercle de parole – exercice de l’écoute attentive

Dans un cercle de parole, il y a une règle majeure, une seule personne parle et tout le cercle l’écoute. Chacun a un moment pour s ‘exprimer.

Je ne vais pas ici vous énoncer toutes les règles, et elles ne sont pas figées d’ailleurs. Dans un cercle de parole on fait naître une qualité d’écoute qui ouvre un espace en chacun, un espace dans lequel on sent qu’on s’installe dans notre coeur. Les émotions peuvent circuler librement et nous nous sentons touchés. Le cercle de parole a ce côté guérisseur car il permet à ceux qui n’ont pas l’habitude de parler de trouver un espace chaleureux et accueillant pour le faire, à ceux qui sont plutôt dans un flot de paroles cultiver l’écoute avec patience. Et on se rend compte qu’on ne dit pas les mêmes choses lorsqu’on sait que quelqu’un va nous répondre. Par ailleurs ceux qui ont pour habitude de toujours demander conseil lorsqu’ils sont en difficultés vont trouver les réponses en eux, le simple fait de s’exprimer à une assemblée en vivant les émotions associées est une rencontre avec soi.

 

L’écoute – le toucher

Notre lien au monde passe par nos organes des sens. Toute interaction avec le monde implique la notion de toucher, le son touche l’organe de l’ouïe, la vision touche l’oeil, le goût la langue, l’odorat le nez. On peut jouer avec notre relation à nos sens, c’est ce qu’on fait beaucoup en Yoga Nidrâ. 

Ici est question du toucher tactile. Qu’est-ce qu’il se passe quand je touche ? Qu’est-ce qu’il se passe quand je suis touchée ? Comment ai-je été conditionné par le toucher ? Est-ce que j’ai tendance à toucher quelqu’un pour le reconforter ? Est-ce que mon toucher se concentre sur l’attente d’un rapport sexuel ? Est-ce que j’ai vécu de la violence physique ? Est-ce que j’en donne ou en ai donné ? Quelle est ma sensibilité aux matières ? 

Est-ce que j’arrive à entendre avant de toucher quelqu’un que c’est d’accord pour cette personne, même si mon intention est bonne, suis-je capable d’écouter cela ? On peut toucher avec l’intention de donner, de faire du bien mais jusqu’où est-on capable de toucher pour écouter ?

En Orient, le massage est beaucoup plus présent qu’en Occident, le toucher est moins tabou. 

Marine Bidet compte parmi ses activités le Thaï Yoga Massage et le Chi Nei Tsang, elle nous parle ici de sa vision sacrée du toucher :

« Dans chaque massage que je donne, mon toucher est comme un geste sacré. Il est une oreille qui écoute, il est ma langue qui parle, il est mes yeux qui regardent, il est mon coeur qui ressent. Tous mes sens se rassemblent dans mes mains, dans mes doigts pour offrir une présente complète à la personne qui reçoit. En Thaï yoga massage, le toucher est un cadeau. Il transmet la gravité et les techniques transmises de mains à mains, de maîtres à élèves depuis des centaines d’années. Il s’ajuste au moment présent et incarne le respect de ce que la personne sous nos mains est en train de vivre, ses émotions du passé qui remontent, ses tensions quotidiennes passées sous silence, ses peurs ou ses désirs. Chaque toucher est unique à chaque moment. En tant que donneur nous nous devons de laisser notre égo de côté. Nous ne sommes pas là pour montrer nos « compétences » ou notre savoir-faire. Nous ne sommes pas là pour réparer ou pour enseigner. Nos mains sont tout simplement là pour entendre ce que le corps a à nous dire. »

Ecouter – un sixième sens ?

« Je ne le sens pas »

On peut participer à un stage de communication non violente selon la méthode de Marshall Rosenberg et explorer les multiples façon de formuler des phrases qui vont permettre à chacun de se sentir entendu et compris. 

Selon Laura Castro, la communication n’est pas qu’une affaire de mots, astrologue installée à Strasbourg, lors de ses consultations elle n’a pas sa langue dans sa poche quand il s’agit de pointer du doigt les thèmes qu’il vous incombe de travailler, elle nous partage sa vision du langage : 

« J’ai toujours été une grande passionnée du langage, des mots, de leur pouvoir de création et de transmission… Pourtant c’est seulement depuis que je travaille avec l’astrologie que j’ai compris à quel point ces mots peuvent nous toucher. Parler et écouter l’autre sont aussi les moyens de tisser des liens entre deux individus, entre deux façons de voir le monde, entre deux univers. Cela étant, plus j’écoute l’autre et mieux je réalise que le son du mot, à lui seul, ne suffit pas. Finalement, écouter ne passe pas simplement par les oreilles… Nous écoutons bien plus que ce que nous entendons. J’ai réellement appris à écouter les gens quand j’ai commencé à le faire avec tout mon corps. Cela ne suffisait plus d’écouter les mots qui sortaient de leurs bouches, il me fallait apprendre à entendre leurs résonances, leurs vibrations. J’ai appris à sentir les mots au delà des mots. »

 

 

Ecouter tout ce qui se présente

Vous marchez en ville ou en pleine nature, vos pensées sont absorbées par un sujet récent. Et bien faites l’exercice de stopper ce flot de pensées pour vous regarder ce qui est autour de vous. Cultivez cette manière d’être et  découvrez qu’il y a beaucoup de silences;  les objets d’attention sont perçus mais on ne se laisse pas absorber, on se laisse traverser comme l’eau s’écoule dans la terre ; la différence c’est qu’on ne nourrit pas le processus, il n’y a pas de surenchère.

Par exemple, vous êtes sur un trajet que vous avez l’habitude de fréquenter, vos repères sont là, la boulangerie au coin, la mairie un peu plus loin, le passage piéton mais vous ne levez plus les yeux pour voir l’architecture des bâtiments alors que cela fait peut-être des années qu’il y a un magnifique ange sculpté au dessus de la porte de l’immeuble devant lequel vous passez chaque jour.  Alors ouvrir les yeux et se redonner les yeux d’un touriste est un excellent exercice de renouveau. Dans la vie de tous les jours cette manière de percevoir nous permet de répondre à la situation qui se présente avec beaucoup de spontanéité. Ce n’est plus une réponse du passé, ce n’est plus une manière de réfléchir qui vient de l’habitude, c’est une nouvelle réponse. Dans cette intimité avec soi-même, la sensation intérieure est silencieuse et l’action est créatrice, c’est l’expansion. Ce n’est plus le vieil esprit qui reproduit ce qu’il sait faire dans ce cas précis, la mémoire n’est plus conductrice du processus. Le besoin de s’occuper de soi a un peu réculé et il y a juste un sens de présence qui perçoit, et quand une situation émerge alors une réponse naturelle émerge.

Je souhaite que tous ceux qui liront cet article aillent un peu plus loin dans leur capacité de silence avec une curiosité enfantine.

Jennifer Will

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A la racine de ces réflexions, de nombreuses retraites silencieuses de 10 jours, une période de six mois au centre Vipassana Dhamma Mahi en 2011, des retraites avec marche silencieuse, des vacances en groupe en pleine nature donc les matins sont totalement en silence.

J’ai toujours l’écho en moi des paroles d’une enseignante Vipassana, Mélusine Martin pour la citer. Elle était à ce moment-là responsable du centre Dhamma Mahi et elle m’a partagé une phrase qui a germé immédiatement. Malheureusement je ne saurais vous retranscrire ses mots exacts aujourd’hui. Alors je vous partage ce que cela crée en moi : Je sais que je vais rencontrer encore et encore des centaines de personnes aussi fabuleuses les unes que les autres et c’est fantastique. Mais plus je cultive mes périodes d’introspection et plus je me sens en lien avec l’humain.

Merci à ceux qui m’inspirent dans la culture de ses moments silencieux S.N. Goenka, Jack Kornfield, Denis Robberecht, Maître Olivier Wang-Genh, Kankyo Tannier, Aude Cadet, André Riehl, Christian Thikomiroff, Eckhart Tolle.

Merci à Laura et Marine d’avoir contribué aveuglément à cet article.

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